
Comment se déroule une séance d'ondes de choc, dans quels cas elle est indiquée, et ses contre-indications. Centre de rééducation Kare, Paris 2.
La thérapie par ondes de choc utilise des ondes acoustiques appliquées à travers la peau, sur une zone précise. Elle est utilisée en kinésithérapie pour traiter certaines tendinopathies et douleurs d’insertion qui résistent au traitement habituel.
Ce n’est pas un traitement de première intention. Elle se positionne comme un traitement conservateur de deuxième ligne, après l’échec d’un programme d’exercice bien conduit.
Le kinésithérapeute applique un dispositif générant les ondes sur la zone à traiter, avec du gel pour faciliter la transmission.
Ondes radiales. Elles se dispersent depuis le point d’application et agissent sur des zones larges et superficielles.
Ondes focales. Elles sont concentrées sur un point précis et pénètrent plus profondément.
Les deux partagent les mêmes indications. Contrairement à une idée répandue, aucune supériorité nette de l’une sur l’autre n’est établie sur la douleur ou la fonction — à une exception près, l’épicondylalgie, où les ondes radiales font mieux. Le choix se fait donc selon la profondeur de la structure visée et la tolérance du patient.
Les mécanismes avancés sont une stimulation de la réparation tissulaire — néovascularisation, prolifération des ténocytes, remodelage du collagène — et un effet antalgique. Ce sont ces processus lents qui expliquent le caractère différé de l’effet.
La séance dure entre 5 et 20 minutes selon la zone.
L’application est désagréable, parfois douloureuse pendant le passage sur la zone sensible — c’est attendu. L’intensité est réglée avec vous et ajustée en cours de séance.
Le protocole le plus étayé est de 3 séances espacées d’une semaine, avec environ 2 000 impulsions par séance à l’énergie la plus élevée que vous tolérez. Certaines localisations justifient d’aller au-delà.
L’effet n’est jamais immédiat. Il s’installe progressivement, et il serait trompeur de juger le traitement à la fin de la dernière séance : la réévaluation pertinente se situe plutôt à 3 à 4 mois. Nous vous le disons avant de commencer, pour que vous ne concluiez pas trop tôt à un échec.
Une prescription médicale est nécessaire, comme pour toute séance de kinésithérapie.
Le niveau de preuve varie fortement selon l’indication. C’est le point à retenir : les ondes de choc ne sont pas un traitement universel des tendinopathies, et il serait malhonnête de les présenter ainsi.
Fasciopathie plantaire (« épine calcanéenne ») : c’est l’indication la mieux étayée, avec des preuves de haute qualité sur la douleur et la fonction, à court comme à long terme. L’effet des ondes focales y est dose-dépendant.
Tendinopathie calcifiante de l’épaule : preuves de bonne qualité, en particulier pour les ondes focales à haute énergie — avec un effet nettement supérieur à celui obtenu dans les atteintes de coiffe non calcifiantes.
Ce sont les deux seules indications où les revues systématiques convergent avec une certitude élevée.
Tendinopathie achilléenne : les ondes de choc font mieux que les excentriques dans la forme insertionnelle, et équivalent dans la forme corporéale à court terme.
Syndrome douloureux du grand trochanter (tendinopathie glutéale) : supériorité sur l’exercice à domicile et sur l’infiltration de corticoïdes, à court et long terme.
Gonarthrose : recommandées par l’AAOS sur la douleur et la fonction, mais avec une force de recommandation qualifiée de « limitée » en raison de données inconstantes.
Tendinopathie rotulienne : l’effet est négligeable face à un placebo. Un bénéfice existe face au traitement conservateur seul, mais le rôle propre des ondes de choc reste incertain.
Épicondylalgie latérale (« tennis elbow ») : résultats divergents. Face au placebo, l’effet est statistiquement réel mais souvent sous le seuil de pertinence clinique. En revanche, la comparaison est nettement plus favorable face aux infiltrations et aux ultrasons. Les facteurs de bonne réponse : ancienneté des symptômes supérieure à six mois, échec d’un traitement préalable, et ondes radiales.
Coiffe non calcifiante : les données sont plutôt en défaveur d’un bénéfice.
Une limite traverse toute cette littérature : l’absence de standardisation des paramètres — énergie, nombre d’impulsions, nombre de séances — qui explique une bonne part des divergences entre études.
Il s’agit d’une atteinte du tendon, le tissu fibreux qui relie le muscle à l’os. Elle associe des modifications structurelles du tendon à une douleur et à une perte de fonction.
On distingue habituellement trois formes. La tendinite correspond à une composante inflammatoire, le plus souvent liée à une surcharge, un traumatisme ou un déséquilibre musculaire. La tendinose correspond à un état dégénératif — microlésions, modification de la composition du tissu — qui s’installe après une atteinte non traitée, une surutilisation chronique ou avec l’âge. La tendinopathie calcifiante se caractérise par des dépôts calciques dans le tendon, source de douleurs parfois aiguës ; elle est surtout observée à la coiffe des rotateurs.
Cette dernière forme est celle qui répond le mieux aux ondes de choc.
Les ondes de choc ne sont pas utilisées en cas de :
Ces éléments sont recherchés systématiquement au bilan initial.
Le profil de sécurité est favorable. Les effets indésirables rapportés sont majoritairement mineurs et transitoires : douleur modérée après la séance, rougeur, pétéchies, œdème, hématome. Ils disparaissent généralement en quelques jours.
Ils ne remettent pas en cause la poursuite du protocole. Signalez-les à votre kinésithérapeute, qui adaptera l’intensité.
L’effet attendu est une réduction de la douleur et un regain de fonction permettant de reprendre le travail actif. Il dépend de l’indication, de l’ancienneté des symptômes et de la réponse individuelle — une partie des patients ne répond pas.
Les ondes de choc ne réparent pas un tendon à elles seules. Elles ouvrent une fenêtre pendant laquelle le renforcement progressif redevient possible.
C’est le point le plus important, et il mérite d’être dit précisément plutôt que de manière commode.
Dans les tendinopathies, l’exercice reste l’intervention dominante. La valeur ajoutée des ondes de choc par-dessus un programme d’excentriques bien mené est démontrée dans la tendinopathie achilléenne corporéale, mais elle ne l’est pas dans la forme insertionnelle — un essai randomisé en double insu n’y retrouve aucune différence — ni dans la tendinopathie rotulienne, où l’amélioration est portée par les excentriques.
Autrement dit : les ondes de choc ne sont pas un raccourci permettant d’éviter le travail actif. Elles ont leur place quand ce travail a été conduit et n’a pas suffi, ou quand la douleur empêche de le mener correctement.
Au centre Kare, elles s’intègrent dans un programme complet : renforcement progressif sur plateau, travail excentrique, rééducation en balnéothérapie, évaluation isocinétique quand la force doit être objectivée.